12.08.2008

Mentalement prêt

Je suis rentré de Pékin avec des sentiments partagés. D'un côté, j'ai vécu une aventure fantastique aux contacts des stars du sport mondial pour une compétition inoubliable. D'un autre, j'ai l'impression d'avoir manqué une opportunité qui ne se représentera peut-être plus à moi, celle de glaner une médaille olympique. Dans tous les cas, je suis très fier d'avoir honoré ma sélection olympique de telle façon à ne pas avoir de regrets une fois la ligne franchie.

Et pourtant, ce n'était pas une chose facile au vue du contexte dans lequel la course s'est déroulée. La chaleur, l'humidité et la fatigue résultant du décalage horaire ont lessivé la plupart des concurrents et aucune des formations n'a été épargné. Seulement quatre-vingt dix coureurs ont terminé l'épreuve et, avec Rémi Pauriol, nous sommes les deux seuls de l'équipe à avoir bouclé les 240 km proposés. Avant le départ, Cyril Dessel nous avons déjà dit qu'il ne fallait pas trop compter sur lui pour animer la course. Pierrick, lui, n'était pas dans un très grand jour et il a préféré mettre la flèche au lieu de se fatiguer inutilement. Quant à Pierre Rolland, je suis sûr que cette expérience va lui servir à l'avenir car c'est un coureur de grand talent.

De mon côté, je me suis senti en très bonne condition, avec un peu plus de fraîcheur dans les jambes que je l'aurais imaginé, ce qui m'a permis de m'accrocher plus longtemps dans les roues des cadors du jour. Je ne voulais pas attaquer de loin et le final en bosse me rappelait inévitablement la première étape du Tour. J'aurais beaucoup aimé que le scénario se reproduise mais le forcing d'Andy Schleck dans l'ultime ascension m'a été fatal. Chacun avait sa tactique, moi j'avais la mienne mais elle ne m'a pas réussie cette fois-ci. Alors, le soir venu, je me suis mis à cogiter : est-ce que j'aurais dû prendre la roue de Cancellara dans la descente tout en me mettant à bloc ce qui aurait hypothéqué mes chances de victoire ? Je ne pense pas car ce n'est pas un genre d'exercice que j'apprécie.

Si je tire un bilan de mon périple dans l'Empire du Milieu (qui a démontré une fois de plus que sécurité ne rime pas avec bonheur, en témoigne nos transports en navette très contrôlés voire cadenassés par la police chinoise), je suis très content de moi, tant au niveau physique que mental. D'ailleurs, j'ai assuré à Fréd Moncassin que je suis mentalement prêt pour bien figurer aux Mondiaux de Varèse le mois prochain, au contraire d'autres français dans le passé qui voyaient dans leur sélection qu'une ligne de plus sur leur palmarès. Je garde quand même en ligne de mire la Coupe de France, en me préparant d'abord sur le Tour du Limousin la semaine prochaine avant que ne s'enchaînent exclusivement des courses d'un jour (GP de Plouay, Classic de l'Indre, Paris-Bruxelles et le Gp de Fourmies). La fin de saison promet d'être mouvementée, je n'ai pas le temps de gamberger !

07.08.2008

Ne pas se mentir

Depuis que je suis arrivé à Pékin, je ressens un peu de fatigue et le décalage horaire n'y est pas pour rien. Un exemple simple, on s'entraîne bien sûr le matin en Chine, sauf qu'en France, il est deux, trois heures du matin. Vous vous imaginez, vous, rouler en pleine nuit ?! Alors forcément, l'organisme a du mal à s'adapter et le coeur par exemple monte très vite dès qu'on fait un effort. On a l'impression d'être bloqué. Ce n'est vraiment pas évident.

D'autre part, on a entendu pas mal de bruits sur le fait que la pollution qui règne à Pékin allait handicaper considérablement les coureurs, mais depuis que nous sommes là, je ne ressens pas vraiment de gêne. On respire un air tout à fait correct, pas très pur certes, mais qui est propre aux grandes agglomérations comparable aux grandes villes européennes. Alors, c'est vrai que des efforts on été faits dans ce sens pour améliorer la qualité de l'air : on dit que la ville aurait diminué de moitié son trafic automobile, que des usines auraient été stoppées... C'est assez remarquable.

En tous cas, ce qui est sûr, c'est que l'organisation a construit un super village olympique. C'est dingue le nombre d'athlètes de haut niveau que l'on retrouvent au km² ! Avec l'équipe, on s'y sent vraiment bien. Tout est fait pour nous mettre dans de bonnes conditions : nos appartements sont très confortables, le self-service est gigantesque et propose un choix de repas colossal. D'un autre côté, on mange des pâtes tous les jours alors nous n'en n'avons pas trop besoin.

Sinon, aujourd'hui, nous sommes allés découvrir le parcours car les routes nous étaient sécurisées. Nous avons pu rouler sur les 80 premiers kilomètres en ligne avant de s'attarder sur le circuit final qui fera assurément la décision. Car celui-ci comporte une bosse de 11 kilomètres qui me fait penser à un col de deuxième catégorie dans le Tour de France parce qu'il se monte sur le grand plateau et propose une ascension par palier avec des replats alternant avec des fortes pentes.

Je vais tout faire pour m'accrocher aux roues des favoris, mais cela va être compliqué car Dieu sait combien ils sont nombreux. Dans l'équipe, nous devrons être francs les uns envers les autres pendant la course, ne pas se mentir, être solidaires. Si l'un d'entre-nous se sent mieux que les autres, il faudra l'aider du mieux possible pour qu'il tente sa chance à fond. Personnellement, je reste très confiant sur mes possibilités même si je ferais la course au feeling. Nous verrons cela samedi et je compte sur vous pour être derrière votre écran de télévision !